Tuer l’indien dans l’enfant
Un livre dialogué entre, une Autochtone1 du Canada et un universitaire « colon blanc » Sean Carleton.
Cet ouvrage d’une remarquable intensité présente le point de vue d’Ellen sur la crise d’Oka où l’ensemble des forces de répression canadiennes et québécoises tentèrent de briser la résistance des Mohawks qui refusaient l’extension d’un golf sur un de leur territoire sacré, une pinède, dans les années 1990.
Il vise aussi à sensibiliser le plus grand nombre sur le fait colonial canadien mené en concertation avec les églises catholique et protestante en s’appuyant, en particulier, sur un système scolaire raciste – souvent des internats – dont le but était d’acculturer les enfants des Premières Nations.
Cet ouvrage évoque aussi la spoliation des territoires dits « indiens » par les colonisateurs venus d’Europe et les violences permanentes qui en découlent depuis 500 ans.
En l’espèce, les forces répressives durant l’occupation qui dura 78 jours tentèrent de criminaliser le mouvement et usèrent d’armes à feu contre les résistant-e-s.
Pour Ellen : « tous ces actes de résistances sont interreliés, et les causes principales restent les mêmes : la supériorité raciale, véhiculée par la doctrine de la découverte » et d’une terre quasi vierge et inhabitée et sans « propriétaire ».
Mais la lutte paie, le golf ne fut pas agrandi. Précisons par ce qu’il faut entendre par défense du territoire pour les Autochtones, c’est en réalité la défense du vivant, de l’eau, de l’air… pour « les pas encore nés ».
Ce livre qui concerne la défense d’un territoire n’est pas sans rappeler la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ou encore le refus de l’autoroute A69. Là-bas comme ici : « pour que les nations Autochtones vivent, le capitalisme doit mourir. Et pour que le capitalisme meure, nous devons participer activement à la construction d’alternatives Autochtones à ce capitalisme ».
Suite à l’évocation de la résistance de 1990, Ellen et Sean engagent une réflexion sur la place des femmes Autochtones, souvent victimes du patriarcat colonial, mais aussi communautaire. Elle souligne encore que « les croyances coloniales […] sont à l’origine du stéréotype selon lequel la société Autochtone est hiérarchique et qu’un chef – un homme se trouve à sa tête […]. En réalité, c’est tout le contraire ».
Un livre riche, quelquefois un peu répétitif, mais qui ouvre des perspectives quant à une transformation du monde basée sur quelques principes éthiques.
Katsi’Tsakwas E., Carleton S., 2025, Quand tombent les feuilles de pins, Québec, Ed. Remue-ménage.
1 Le A majuscule est dans le texte



























