Un autre monde est possible

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L'émancipation par le travail. Les leçons de la communauté de travail Boimondau (1943-1953)
de Guillaume Gourgues, Michel Lallement, Éline Vivet-MaladryUn autre monde est possible.

Un autre futur, c’est le projet des compagnons et compagnes de la communauté de Boimondau (BOitiers de MONtres du DAUphiné) que nous proposent de découvrir les auteur-e-s de L’émancipation par le travail. Un projet de vie autant qu’un projet industriel collectif initialisé par un militant catholique et plus tard par un anarchiste qui bifurqua communiste.

Au reste, on trouve dans cette communauté d’égaux des principes dans lesquels les libertaires peuvent se reconnaître : rupture radicale avec le capitalisme, propriété collective des moyens de production. L’ensemble sous-tendu par 3 principes à savoir : formation (professionnelle), éducation, démocratie. Quant à la « Règle » de fonctionnement dont se sont dotés les associés, elle est toujours modifiable. Elle affirme la prise de décision à l’unanimité, la révocation des mandats, le fédéralisme avec d’autres communautés existantes et l’autogestion.

Le projet a aussi ses limites. Certes, il vise bien à abolir les classes et revendique une égalité entre les hommes et les femmes, mais il demeure conservateur dans ses pratiques largement genrées (rôle naturel de la femme). Quant à la hiérarchie, elle ne disparait pas complètement, mais les « chefs » sont élus et révocables et les responsabilités sont tournantes.

Le modèle communautaire de Boimondau se diffusa quelque peu (52 communautés, 1085 producteurs dans plusieurs départements), mais il n’eut jamais de vraie reconnaissance politique et ne fut jamais reconnu comme une « alternative tangible et généralisable » au capitalisme. Il fut même décrié par certains représentants de l’État comme une entreprise aux mains des communistes, ce qu’il ne fut jamais.

Au reste, Boimondau fut une utopie concrète, une tentative d’émancipation par le travail qui prit fin en 1971 suite à des difficultés économiques et sociales, mais aussi du fait d’une usure « démocratique » et de dérives conservatrices. La communauté, il faut le souligner, fit « la preuve des compétences critiques et de l’imagination sociale » de ceux et celles qui y participèrent.

Certes, un projet d’inspiration chrétienne entre le Familistère de Guise, les kibboutz ou encore les collectivités libertaires espagnoles, qui porte les marques de son temps, mais qui laisse à penser, comme d’autres expériences collectives contemporaines (ZAD) qu’un autre futur est possible et en cela, il peut être inspirant.

Gourges G., Lallement M., Vivet-Maladry E., L’émancipation par le travail, les leçons de la communauté de Boimondau (1943-1953), Paris Ed. de l’Atelier.

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