Mayotte, l’île paradoxe
Mayotte, « conquise », en réalité acheté à un tyranneau local, en 1841 par la France, Maore dans la langue locale est selon Rémi Carayol une île paradoxale à un double titre. Elle a en effet d’une part choisi, dont le sous-titre de l’ouvrage département colonial, par le vote, le colon plutôt que l’émancipation.
D’autre part, sa population majoritairement noire et musulmane a porté Marine Le Pen en tête aux élections présidentielles de 2022 et a élu en 2024 deux députés d’extrême droite racistes et xénophobes. Au reste, comme partout en Afrique, les « indigènes », quelquefois propriétaires d’esclaves, furent victimes de spoliation et d’accaparement de leur terre par les planteurs avec la complicité de l’administration française.
Quant au bienfait de la « civilisation », un chiffre parmi d’autres parle de lui-même, en 1973, seuls 7% de la population avait été scolarisée. « La colonisation consentie » soutenue par « le congrès des notables » sera le fer de lance du processus de départementalisation engagé dès les années 1960 qui alimentera une ambiance de guerre civile. Départementalisation qui aboutira en 2011 à la grande satisfaction de la Marine de guerre française et des pétroliers qui conserveront ainsi le contrôle du canal stratégique du Mozambique.
L’ouvrage évoque aussi les menées des mercenaires fascistes de Bob Denard dans l’archipel, souvent (toujours ?) avec l’aval de la Françafrique. Il rappelle aussi la terrible actualité de Mayotte, montée du racisme, pénurie d’eau, déscolarisation, violence des bandes, menace de la perte du droit du sol, misère économique, chômage de masse, expulsion à la chaîne et les probables 10 000 disparus en mer entre l’île de Ndzuani (Anjouan) et Maore.
À cela s’ajoute un processus de déculturation/acculturation et d’imposition du droit commun métropolitain reposant sur un « nous voulons rester français pour être libres », ce qui revient à dire selon Rémi Carayol summum du paradoxe : « vouloir rester colonisé pour être libre. »
Posture singulière qui alimente une dérive nationaliste et identitaire locale face aux autres insulaires de l’archipel. Maore/Mayotte demeure une société polarisée blanc/noir-colons/colonisés où la séparation socio-raciale est la norme en ville, dans les quartiers, au travail. En bref, « Maore n’est pas seulement le territoire le plus jeune de France, c’est aussi le plus pauvre et le plus inégalitaire ».
Carayol, R., 2024, Mayotte, département colonie, Paris, Ed. La Fabrique.



























