Association rime-t-elle avec exploitation ?

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Quand les associations oublient de mettre en pratique les valeurs qu’elles défendent avec leurs propres employés… Un véritable mythe entoure les associations. Elles sont le creuset de la démocratie, de l’engagement citoyen, désintéressé et collectif. Avec leurs 1,8 million de salariés, elles constituent aussi un véritable monde du travail qui attire chaque année des centaines de milliers de salariés et de volontaires animés par l’espoir de « travailler autrement ». L’expérience n’est pas toujours à la hauteur.Association rime-t-elle avec exploitation ?

C’est la question qu’étudie S. Cottin-Marx dans son ouvrage : C’est pour la bonne cause !

Les désillusions du travail associatifs. D’emblée, l’auteur pointe le décalage entre les valeurs, l’éthique associative et les pratiques réelles, en particulier en matière de qualité et de relations de travail.

Pour mémoire, les associations brassent 110 milliards d’euros annuels de budget, salarient 1,8 million de personnes et mobilisent des centaines de milliers de bénévoles. Beaucoup s’y engagent pour travailler autrement, voire militer, changer le monde en participant à un projet d’utilité sociale, mais rapidement « la frontière entre travail et militantisme devient floue, les espaces et les temps ne sont plus séparés » et s’inscrit même parfois dans un « management autoritaire et taylorisé » d’où les désillusions de beaucoup, voire une réelle souffrance au travail comme dans n’importe quelle autre entreprise.

En bref, dans ce secteur à but non lucratif, le salariat, c’est le salariat « atypique » qui est typique et de fait fortement touché par la précarité. Un drôle de monde où les patrons, souvent bénévoles, ne veulent pas être de vrais patrons, mais où le système de domination salariale réapparaît au premier désaccord. De plus, trop fréquemment, sous prétexte de projet commun et d’engagement, les conditions de travail sont dégradées et les heures supplémentaires ne sont pas payées car « militantes ». Quant à la présence syndicale, elle est rare et parfois perçue comme une forme de défiance à l’égard des dirigeants et projet. En bref, dans bien des cas, beaucoup trop de flou et d’informel dans les relations de travail.

Cette situation est bien souvent le résultat d’une mise sous perfusion du secteur associatif devenu en quelques décennies une « quatrième fonction publique précarisée », sous perfusion financière et au service non plus d’un projet associatif, mais intervenant comme bras armé des politiques local et/ou comme un outil d’ajustement face au chômage de masse.

Un ouvrage clairvoyant sur la réalité du salariat dans le monde associatif, il convient donc pour les anarchistes engagés dans ce secteur comme membres de CA (donc employeurs) d’être exemplaire, voire mieux encore de refuser dans nos structures toute forme de recours à un salariat que nous nous proposons d’abolir en société libertaire.

Simon Cottin-Marx., 2021, C’est pour la bonne cause ! les désillusions du travail associatifs, Ed-de l’Atelier à Publico

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