A-syndicalisme de masse

FacebooktwitterredditpinterestlinkedinmailFacebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

A-syndicalisme de masse

J.-M-Pernot, qui se revendique d’un syndicalisme d’émancipation dans son ouvrage Le syndicalisme d’après, analyse la crise qui a touché le syndicalisme depuis les années 1990. Pour lui, le phénomène est à l’a-syndicalisme, c’est-à-dire à la désertion des syndicats, toute tendance confondue : baisse du nombre de syndiqués, 10 % des actifs, baisse de la participation aux élections professionnelles (CSE), recul du nombre de jours de grève…

En bref, le syndicat n’est plus en mesure d’imposer un rapport de force. Pour l’auteur, le renouveau syndical nécessite d’intégrer dans le catalogue revendicatif la lutte des femmes, l’antiracisme, les luttes écologistes… ce qui, dit en passant, apparaissait déjà dans les luttes interprofessionnelles du syndicalisme d’action directe et des bourses du travail.

L’auteur conduit une analyse fine de l’institutionnalisation et la bureaucratisation du syndicalisme qui l’a largement conduit à l’impuissance relative et l’a coupé de ses bases : du réel du travail et de ses conditions d’exercice. La réunionite qui en découle vise donc à « asphyxier le syndicalisme militant et combatif ». Reste, suite à ce constat, à reconstruire une nouvelle puissance syndicale.

Il convient donc de remettre le syndicalisme sur ses deux jambes, à savoir la revendication immédiate et le projet d’émancipation sociale. Pour ce faire, la dimension interprofessionnelle devrait être renforcée, voire réanimée puisque désertée depuis longtemps par les grandes organisations par crainte de dérives anarcho-syndicalistes. De plus, face aux nouvelles organisations des entreprises, il est essentiel de reconstruire des collectifs de travail face à l’atomisation des précaires, des uberisés, de la sous-traitance et de l’intérim…

En d’autres termes, il faut réinterroger le syndicalisme d’industrie ou de grosses boites. Autre proposition de l’auteur : en finir avec la fragmentation du syndicalisme et repenser l’unité syndicale au moins sur le terrain de l’action, faute de possibilités organiques à court terme.

J.-M-Pernot a sans doute une compréhension limitée du fédéralisme syndical dont il oublie l’exigence de la solidarité entre les structures. Néanmoins, il pointe l’un des grands renoncements du syndicaliste réformiste : l’abandon d’un projet social émancipateur à réaliser et qui était porté en leur temps par Pelloutier, Sorel, Pouget et bien d’autres. Ce qui ne peut plus durer (sous-titre de l’ouvrage), c’est ce renoncement !

 

FacebooktwitterredditpinterestlinkedinmailFacebooktwitterredditpinterestlinkedinmail