Un autre monde est possible

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Couverture du livre "Le monde qui pourrait être" de Bertrand Russell, avec design moderne. Un autre monde est possible.

Bertrand Russel (1872-1970) pacifiste et citoyen du monde, écrivit Le Monde qui pourrait être en 1918, livre qui a par bien des aspects vieillis même s’il plaidait alors pour l’anarchisme dont il pensait la réalisation à long terme, position qu’il conserve dans son avant-propos de 1948 en plus nuancée.

En exergue du petit livre, Russel cite le philosophe Lao-Tseu (VIe ou V siècle av. n.e., fondateur du taoïsme) « Produire sans posséder, Agir sans imposer, Développer sans dominer » ce qui d’emblée place le livre sous les plis du drapeau noir ou plutôt sous celui de l’anarchosyndicalisme qu’il considère comme « la forme populaire de l’anarchisme ».

L’ouvrage débute par une présentation succincte et réductrice des théories de Marx et Bakounine sans intérêt majeur.

Le chapitre sur l’anarchosyndicaliste un peu lacunaire, et parfois « corrigé » par l’historiographie contemporaine, n’apporte rien de nouveau si ce n’est sur le guild socialism (socialisme des guildes), apparue dans les années 1910 en Angleterre, largement méconnues. Guildes qui théorisèrent un compromis à mi-chemin entre l’anarchisme versus anarchosyndicalisme et le socialisme d’état qui, par certains aspects, séduit l’auteur.

La deuxième partie de l’ouvrage, rappelons-le écrit à la suite du 1ᵉʳ conflit mondial, aborde les problèmes de l’avenir tel qu’imaginés à cette époque. Si certaines questions restent d’actualité, les réflexions proposées par Russel, même s’il s’appuie assez largement sur l’œuvre de Kropotkine, seraient à reconsidérer. Au demeurant son esquisse, en toute fin de volume, du Monde qui pourrait être malgré quelques avancées au 20ᵉ siècle, apparaît encore comme idéal typique à construire.

Il y préconise d’ailleurs quelques réflexions toutes contemporaines comme le travail productif attrayant, l’autogestion1, 4 heures de travail par jour, la rémunération du travail domestique, des alternatives à l’emprisonnement…

Comme évoqué plus haut, Russel considère l’idéal anarchiste comme éloigné dans le temps. Néanmoins, il écrit : « les méthodes continuant à s’améliorer, [le] programme anarchiste deviendra réalisable, et alors, on devrait certainement l’adopter ».

Un livre pour les historiens, un livre pour mémoire où se confrontent théorie anarchiste et socialiste et où la première remporte l’adhésion de l’auteur.

 

Russel B., 2025, Le Monde qui pourrait être, socialisme, anarchisme et anarchosyndicalisme, Québec LUX éditeur.

1 Le terme autogestion est sans doute le choix du traducteur, le terme n’apparaissant que dans les années 1968.

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