Les montagnes des damnés
Azadi nous propose un livre éclairant dans Leçons Kurdes ou Les damnés des montagnes (allusion à Frantz Fanon présente tout au long de l’ouvrage) sur l’histoire et la situation actuelle du peuple kurde victime d’une répression sauvage turque, iranienne, syrienne, irakienne depuis des décennies.
L’espace kurde, selon l’auteur, est de ce fait une « colonie internationale ».
Azadi fait un parallèle entre le génocide des Arméniens, la déportation des Grecs de Turquie et le sort des Kurdes qui furent aussi l’objet de massacre, sans obérer la participation de certains d’entre eux aux pratiques génocidaires d’ailleurs. Le projet d’état kurde sera trahi en 1920, suite au traité de Sèvres qui ne vit jamais le jour et la république kémaliste dès 1924 interdit l’usage de la langue kurde à l’école puis dans la rue et engage un « politique de turquification » visant à éradiquer la culture du peuple des montagnes.
Ce qui donnera lieu à de nombreuses insurrections armées entre 1920 et 1940 toujours réprimées dans le sang, à de nombreuses déportations internes, à une assimilation forcée en Turquie et dans les trois autres pays « coloniaux ». Après 1940 verra le jour un nationalisme marxisant, mais c’est à partir des années 1970 que le marxisme dominera la lutte de libération kurde. En 1978 sera fondé le PKK par Öcalan et d’autres militant-e-s et la lutte armée contre les oppresseurs devindra une priorité.
Öcalan est arrêté en 1990, année où le PKK retire la faucille et le marteau de son drapeau et engage sa mutation vers un « socialisme renouvelé ».
Évolution qui le conduira à changer de ligne et à développer un projet de démocratie communaliste ou Confédéralisme démocratique inspirés des théories du libertaire Murray Bookchin.
Aujourd’hui, après 100 ans de lutte et de répression féroce, deux zones du Kurdistan sont de fait autonomes, celle du Kurdistan irakien et celle du Rojava en Syrie. Elle diffère pourtant quant à leurs modes de gestion : l’une irakienne fonctionne sur un mode autoritaire, nationaliste et clanique, l’autre syrienne sur une tentative autogestionnaire, féministe et interethnique.
Quant aux perspectives, les risques de reprises en main par les deux états ne sont pas nuls et les décennies à venir seront sans doute marquées par de nouvelles avancées ou de nouveaux reculs de la lutte de libération du peuple kurde.
Azadi, 2025, Leçons Kurdes ou Les damnés des montagnes, Paris, Ed. La Fabrique.



























