Une femme dans la tourmente

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Souvenirs d’une exilée espagnole 1936-1975 Lire un extrait María Sesé Sarvisé Une femme dans la tourmente

C’est un rare témoignage que nous livre les éditions LUX, Souvenirs d’une exilée espagnole 1936-1975 de Maria Sesé Sarvisé. Non pas celui d’un milicien, mais d’une simple paysanne.

Elle est née en 1922 dans un petit village d’Aragon et elle est morte en France en 2021. Son récit est précédé d’une longue présentation d’Arianne Miéville qui remet les propos de Maria dans leur contexte historique entre 1931 et 1936. Exilée en France, Maria sera toujours en contact avec les milieux de la CNT et en particulier sa presse.

Ces souvenirs relatent d’abord la vie de ce petit village agricole pauvre de la province de Huesca et le début de la répression franquiste, deux de ses frères furent fusillés dès les premiers jours du soulèvement, un troisième mourut en 1937 sur le front.

Avec des mots simples, elle décrit la mise en place de la collectivisation dans le village d’Angüès et le début d’une société libertaire et autogestionnaire. Maria évoque aussi l’arrivée des staliniens du général Lister qui détruisit nombre de collectivisations sous prétexte de défense de la propriété privée. Celle d’Angës, bien que diminuée, redémarrera.

Puis ce fut la fuite devant les troupes franquistes à travers l’Aragon en direction de Barcelone : une longue et périlleuse Retirada, sous les bombardements incessants jusqu’à la frontière française. Après des journées de terreur, des nuits de disette, Maria, sa mère et quelques autres finirent par parvenir en France. Là, les hommes et les femmes sont séparés.

Les hommes sont abandonnés dans le froid et le plus grand dénuement sur les plages de Catalogne-nord, faisant office de camps d’internement.

Les femmes convoyées en train vers le nord (la Bretagne, à Belle-Île-en-Mer pour Maria) où elles sont mal nourries et entassées dans des conditions précaires, sans hygiène, dans des bâtiments de (mauvaise) fortune. Puis la vie en exil s’organise peu à peu, le travail, la recomposition des familles, les naissances et le souvenir de ceux et celles qui tombèrent pour une société libre et égalitaire.

Maria ne retourna en Espagne qu’exceptionnellement comme lors de l’inauguration du monument aux victimes de l’intolérance à Angües le 19 avril 1987.

Un témoignage simple, émouvant, sans envolée guerrière, sans gloriole, un livre à hauteur de femme, ponctué de quelques photos « souvenir ».

En fin de volume, quelques repères biographiques sur les personnages et les militants anarchistes du petit village aragonais évoqués dans le récit de Maria.

Sesé Sarvisé M., 2026, Souvenirs d’une exilée espagnole 1936-1975, Ed. LUX.

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