Un portrait de Staline.
Sacrilège au PC
Le livre de Laurent Lévy : Un portrait de Staline est un vrai régal. L’auteur nous raconte par le menu le scandale que fit le portrait de Staline, dessiné par Picasso dans les Lettres françaises en 1953, lors de la mort du dictateur communiste. Le portrait de Staline en homme ordinaire et non peint en demi-dieu brise en quelque sorte le culte de la personnalité que lui vouaient les apparatchiks et les croyants du parti.
Aragon avait en effet passé commande à Picasso pour un numéro de la revue en hommage au maître du Kremlin, l’auteur du Guernica sans enthousiasme le réalisa et fit parvenir le portrait à la rédaction qui l’approuve et le publia. C’est alors que le scandale éclate. Il entraînera à terme, excusez du peu, l’éviction du numéro 2 du PC, Auguste Lecoeur par Thorez, protecteur d’Aragon, à son retour de Moscou.
Le portrait fait immédiatement réagir, la direction et la base du parti, car il ne correspond pas à l’image iconique d’un Staline adulé, Aragon est durement critiqué et le portrait dénoncé dans L’humanité dans les jours qui suivent, car aux yeux de certains, il est une « profanation » de Staline.
Mais il est aussi, une bonne occasion de régler son compte à Aragon par trop intellectuel dans un monde très ouvriériste et attaché à un art réaliste et socialiste. Ce dernier devra se livrer à une autocritique publique (prérédigé par un apparatchik) puis engagera sa contre-attaque.
À son retour de Moscou après une longue convalescence, Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français, le peintre et le poète seront blanchis et réhabilités et l’affaire du portrait oublié. Dans la foulée, l’un des protagonistes Lecoeur sera déboulonné dans la grande tradition des purges staliniennes comme le Parti en connut beaucoup d’autres. Le portrait ne fut sans doute qu’un prétexte, Thorez craignait, en ces temps de déstalinisation que Lecoeur ne lui fasse de l’ombre, il écrira même sur ce dernier : « il voulait m’enterrer avant que je meure. »
Un livre qui relate, en deux actes, un règlement de compte au Parti, une organisation où jusque-là régnait le culte de la personnalité et où il ne faisait pas bon de trop manifester son esprit critique. Tout cela autour d’un portrait sans grand intérêt artistique.
Pour terminer, rappelons-nous qu’à la mort du tsar rouge, Staline (traduction l’homme d’acier) le Pape Pie XII demanda aux catholiques de prier « pour l’âme de Staline ». Comme quoi qui se ressemblent, s’assemblent !
Lévy L., 2026, Un portrait de Staline, Aragon, Picasso et le parti communiste, Paris, La Fabrique.


























