Résistance ouvrière !
« Jusqu’au bout », c’est le titre du livre de Nicolas Renahy sur le bien vieillir et résister dans une classe ouvrière aujourd’hui à la retraite. Malgré une condition de « subalternes » et d’anciens forçats de la chaîne, des ouvriers et ouvrières de Peugeot en pays de Sochaux-Montbéliard, toujours militants CGT, résistent encore et toujours au néolibéralisme.
Fidèle à la lutte des classes et solidaire, leur collectif anime encore l’union locale CGT du secteur. Ces militant-e-s, malgré sa disparition annoncée, démontrent que la « classe ouvrière bouge encore ».
Une vieille garde faite de camaraderie, de solidarité et parfois d’autodérision. Des différences se font jour, quelques fois idéologiques ou de genre, bien sûr, mais le collectif a aussi une grande tolérance à l’altérité.
Une révolte de toujours contre les injustices sociales qui a fondé leur engagement militant et, selon l’auteur, par leur culture propre, les a constitués en « contre élite ouvrière ». Il y a de beaux portraits de femmes en lutte, émancipées par le travail et l’autonomie économique qu’il représente, malgré les contraintes et les violences usinières.
Mais aussi des nostalgies dans de belles pages où l’auteur évoque la perruque, appelée la pinaille chez Peugeot, réalisée par les ouvriers professionnels. Pinaille qui est considéré comme « un détournement politique » de l’ordre industriel, voire comme une forme réappropriation du travail et de résistance émancipatrice.
Pratique aujourd’hui quasiment disparue du fait des nouveaux processus de travail qui ont eu pour effet de mettre à mal la solidarité de classe dans ce qui reste des usines Peugeot (36 000 ouvriers et ouvrières en 1973, 3 400 cinquante ans plus tard).
Pour « ces personnes restées mobilisées, le passage à la retraite ne constitue pas une raison valable de désengagement » malgré la difficulté à passer le relais de cette culture de lutte, souvent étrangère aux jeunes.
Y compris à leurs enfants qui ont succombé au charme d’un individualisme néolibéral qui a brisé les collectifs ouvriers. Malgré tout l’espoir demeure, car s’il y a « un vieux monde qui se défait, et il y aura quelque chose qui va se créer à la place ».
De beaux portraits de femmes et d’hommes qui ne sont pas sans nous rappeler les Vieux fourneaux, mais ceux-là sont bien réels. Un beau livre sur la « culture de résistance » des OS et des OP.
Renahy N., 2024, Jusqu’au bout, vieillir et résister dans le monde ouvrier, Paris ; La découverte.


























