Grand serviteur de l’État
Le livre de Jean-Jacques Gandini, Le procès Papon, au sous-titre éloquent, histoire d’une ignominie ordinaire au service de l’État, est un livre pour ne pas oublier. Papon est un haut fonctionnaire vichyste qui facilita la déportation des juifs bordelais à Auschwitz via le camp de Drancy.
Un authentique bureaucrate qui comme Eichmann fit son travail tout mécaniquement et sans conscience, pour ne pas dire en toute bonne foi. Une autre illustration de la « banalité du mal » théorisée par Hannah Arendt en 1963. Ce qui caractérise Papon c’est sa longévité dans l’appareil d’État.
Sa longue carrière débute dans les années 1930 sous l’égide des radicaux-socialistes, se poursuit sous l’État français à Vichy, la quatrième république et les « socialistes » après la Libération, le Gaullisme et enfin le giscardisme.
Après avoir été le Secrétaire général de la préfecture de Gironde (1942-1944) où il organise la déportation des juifs, il sera à partir de 1951 plusieurs fois préfet, dont préfet de Police et responsable du massacre des Algériens en octobre 1961 à Paris, député de droite en 1968, ministre de Raymond Barre en 1978…
En bref, un beau parcours de crapule protégé par de puissants amis et parfois de puissants complices au long de ses cinquante ans de carrière « politico-administrative ». Gandini, nous rappelle qu’en 1940, les lois antijuives promulguées par le gouvernement de Vichy sont plus dures que celles mises en œuvre par l’autorité nazie dans la zone nord.
Quant à Papon, il est à la manœuvre à Bordeaux en 1942 où il organise le fichage systématique des populations israélites, l’aryanisation de leurs biens (réquisition et vente) et leur déportation. 10 convois entre 1942 et1944, 1690 dirigées sur Auschwitz et le crématoire via le camp de Drancy. Papon fut condamné à 10 ans de réclusion puis libéré et mourut, comme Franco, dans son lit.
Au-delà, de ce sinistre personnage d’État, dès 1942, de nombreux responsables politiques, malgré leur dénégation, savaient ce qu’il en était en matière de solution finale. Ils n’ont engagé aucune action et leur silence est encore aujourd’hui assourdissant.
Ce livre est autant un livre d’histoire, ponctué de témoignages de survivant-e-s, que la relation d’un procès exemplaire, même s’il fut bien tardif et la sanction bien clémente. L’auteur, suite à cette relation exemplaire, rappelle en fin d’ouvrage, pièces à l’appui, la responsabilité déterminante de Papon dans le massacre de 300 Algériens pacifiques dans la nuit du 17 octobre 1961 et la mort de militants au métro Charonne en février 1962.
Gandini J.-J., 2025 (1999) Le procès Papon, Lorient, Ed. Le passager clandestin.


























