Éloge de la brèche
L’ambition du recueil de texte Brèches libertaires proposé par André Bernard est « d’ouvrir des fenêtres sur un anarchisme vivant ». À cette fin, l’auteur nous aide à repérer dans les pratiques et les réflexions libertaires contemporaines des brèches faites dans le mur du capitalisme.
L’idée est simple : l’anarchisme et ses acteurs sont multiples et depuis des années, ils tentent et réussissent parfois à créer de brèches dans le système qui marquent à la fois des résistances et des possibilités nouvelles, des pistes pour tendre vers une société libertaire.
En bref, il s’agit d’inventer un « autre faire », sans toujours renoncer à toutes les idées et pratiques anciennes, afin d’ébrécher d’abord et faire tomber ensuite le mur de la domination et des inégalités. Brèches qui se forment dans les représentations hiérarchisées du monde grâce aux travaux l’anthropologie anarchiste ; brèches dans le droit étatique poussées par les juristes anarchistes et la construction d’un droit collectivement élaboré. Brèches qui se manifestent par les gestes : sabotage, perruque, boycott, grève du zèle, tirage au flanc dans le monde du travail. Sabotage qui se renouvelle et conquiert d’autres terrains dans la lutte des écologistes radicaux contre la société techno-industrielle.
Brèche encore, comme le proposait Hakim Bey et ses TAZ, ces zones autonomes temporaires tant dans le monde matériel (ZAD) que symbolique. Failles produites dans le monde de la domination par la mise en place « d’espace de vie », d’un anarchisme en actes ou encore en relisant les auteurs anciens dont la (re)lecture peut éclairer notre présent. L’anarchisme, pour continuer son œuvre de régénération et agrandir les brèches, doit aussi faire preuve de créativité sociale non dogmatique pour dévoyer le vieux monde, ses valeurs et ses pratiques mortifères.
Soulignons pour conclure que toutes les brèches repérées et ouvertes par André Bernard en appellent et se revendiquent de l’action collective ou individuelle non violente.
Du fait de ses lectures croisées, l’auteur nous offre des pistes multiples à approfondir pour faire avancer l’idée anarchiste. Certes, il s’agit d’un anarchisme à petits pas et à peu de frais. Mais n’était-ce pas déjà le cas dans la démarche étapiste, le « gradualisme révolutionnaire » que préconisait Errico Malatesta.
On aurait aimé aussi que soient évoquées les brèches provoquées par l’éducation libertaire et l’anarchaféminisme, une autre fois…
Bernard A., 2025, Brèches libertaires, Lyon, ACL.


























