Éducation et émancipation sociale
École et la Commune de 1871 à nos jours est une bande dessinée réalisée (texte et illustrations) par Mika un enseignant du lycée expérimental de Saint-Nazaire.
Pour lui, ce long temps de l’éducation fut « un long parcours vers une révolution sociale inachevée ».
La BD débute par une belle citation tirée des mémoires de Louise Michel et rappelle les premières revendications ouvrières en faveur de l’éducation formulées dès le milieu du 19ᵉ siècle.
Elle se poursuit par les réalisations de la Commune de Paris en matière d’éducation, toujours sous l’égide de Louise, pour laquelle l’école a, comme pour Pelloutier plus tard, pour but de « donner au peuple les moyens de se révolter ».
Suit la mise en place d’une école ferryste à deux vitesses, le primaire pour le peuple, le lycée pour les enfants de bourgeois.
École ségréguée qui n’empêche pas la naissance de réflexions et d’expériences pédagogiques innovantes, à l’instar de Dewey ou Robin et beaucoup d’autres pour lesquels la formation de l’esprit critique est un principe fondamental.
Puis vint le temps de l’éducation nouvelle qui rependra force après 1914, avec Freinet et alii, pour laquelle l’éducation doit s’adapter à l’enfant et non l’enfant à l’école, d’où naîtront les concepts de coopération scolaire et de pédagogie active…
Après la Seconde Guerre mondiale, les projets de réforme de l’éducation se multiplient, mais l’apprentissage demeure toujours « patriotique, patriarcal » d’autant plus que l’enseignement privé fait pression sur les gouvernements, en particulier la loi Debré en 1959.
Dans les années 2000, la laïcité fut au centre de tous les débats, les vrais et les faux, l’objet de toutes les manipulations, voire de tous les abandons.
Par ailleurs, les inégalités scolaires perdurent : de plus en plus d’espaces de relégation scolaires émergent, l’enseignement professionnel en premier lieu.
Quant aux conditions de travail des enseignant-e-s, elles ne cessent de se dégrader du fait d’un management de plus en plus brutal et libéral.
Le livret dessiné souligne abondamment, et c’est essentiel, que tout projet pédagogique émancipateur doit s’articuler avec un projet sociétal lui-même émancipateur.
Sans cela, toute pédagogie, fût-elle libertaire, n’est qu’un outil susceptible de récupération et d’appropriation par les dominant-e-s.
Un travail graphique et iconographique bien léché, une mise en page qui met en valeur les idées émancipatrices qui sont celles des éducateurs épris de liberté et d’égalité.
Mika, 2024, École et Commune de 1871 à nos jours, à Publico (prix libre, coût d’impression 5 euros) ou à télécharger : https://wikicoop.ouvaton.org/educenlutte/?BdEcole&Commune=


























